Après la primaire socialiste

Hollande a été désigné candidat du PS pour l’élection présidentielle de 2012. L’épisode des primaires restera comme un moment politique riche d’enseignements.

Tout d’abord la forme choisie pour ces primaires a suscité des débats politiques et redonné le goût des débats politiques à de nombreuses personnes non encartées dans tel ou tel parti de gauche.  De tels débats hors des états-majors des partis politiques sont impossibles pendant les périodes de campagnes électorales officielles où les débats se résument à des discours autistes de chaque formation, programme contre programme. Ce qu’on demande à chaque électeur / électrice ce n’est pas alors de discuter des propositions, des orientations mais de se prononcer en bloc pour tel ou tel catalogue de mesures et telle ou tel candidat.



Le référendum de 2005 sur le oui / non au traité européen avait provoqué de la même façon le même type de débats. Sauf que le celui-ci avait été élargi à l’ensemble du corps électoral et permis que celui interne à la gauche soit animé et tranché par l’ensemble des citoyens et citoyennes. L’absence dans les primaires des écologistes et du Front de gauche a réduit le débat à n’être que celui d’une partie de la gauche. C’est regrettable. On aurait aimé que Mélenchon et Joly puissent confronter leurs propositions à celles de Hollande et Aubry. Rien ne dit que le résultat final aurait été celui que l’on vient de connaître. Rien ne dit que les options écologistes auraient été au final moins écoutées, que les idées du Front de gauche moins entendues qu’en faisant le choix d’une campagne autonome.

La séquence qui s’ouvre est désormais celle du programme contre programme et en coulisses des négociations d’états-majors pour des accords dits « programmatiques »  mais en réalité accords de répartitions de sièges aux législatives. Ce n’est pas faire un procès que de dire cela, c’est le système électoral qui le veut ainsi. Au lieu du débat d’une primaire de toute la gauche nous aurons un accord d’entre deux tours d’où le débat citoyen sera absent mais où le réalisme électoral tranchera de tout.

La campagne du référendum européen, les primaires socialistes ont apporté la démonstration que la faim de débat politique était réelle. Comment en tenir compte pour que la politique soit un élément fort de la vie sociale ? Il appartient aux partis politiques, PS, EELV, Front de gauche, NPA, Lutte ouvrière, de nous faire part de leurs propositions. Faute de quoi l’abstentionnisme continuera de progresser et de concerner toujours les mêmes : celles et ceux qui n’ont jamais droit au chapitre, qui se sentent exclus par la vie politique. Comment faire que la politique n’apparaisse plus comme la propriété de l’oligarchie régnante et du petit nombre de personnes qui constituent les états-majors politiques ? Comment agir sur les médias, les relais d’opinion, la mondialisation pour que chacun se réapproprie les questions et les réponses ?

Il n’y a à mon sens ni solution miracle ni solution unique. Il y a des pas en avant que l’on peut franchir au niveau local, au niveau national et mondial pour que la parole circule, que les décisions soient mises en question, leur mise en œuvre assumée par tous et non déléguée à des spécialistes qui décident de tout sans appel. Les primaires ont suscité sur Internet une vaste caisse de résonnance où cette expression citoyenne a pu se concrétiser. Ce n’est qu’un aspect, réservé encore à une minorité connectée, mais minorité représentative et participative (à la différence des sondages). Les réunions de quartier, tous les espaces ouverts peuvent être des forums à condition de ne pas les verrouiller comme le sont par exemple les entreprises. Trouvons les voies et les moyens de répondre à cette aspiration.

Face à la lepénisation, face aux potentats locaux, aux cumuls des mandats et au fonctionnement non démocratique de la plupart des institutions et organismes publics et privés, au poids du fric et de l’appétit de pouvoir qui va avec, ce n’est pas gagné. Ce n’est pas perdu d’avance non plus. Pour s’en tenir à l’histoire récente, Ben Ali et bien d’autres ont fini par tomber.

Robert Crémieux
lundi 17 octobre 2001

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