Montjoie ! Saint-Denis !

Saint-Denis, samedi 4 avril 2026.
Je suis dans la cohue du Khédive, le café en face de l’hôtel de ville de la Mairie de Saint-Denis. J’ai trouvé une chaise à la table de deux Algériens d’un certain âge qui m’ont offert l’hospitalité. L’un, volubile, s’appelle Fréh et l’autre, qui acquiesce à toute parole, Saïd.

De là où je suis je n’entends pas les discours sur l’estrade installée à côté de la mairie, malgré la vigoureuse sono. Les vitres, à l’épreuve des sons, isolent de la place. Et d’ailleurs, le bruit est assourdissant dans la salle car chacun, chacune hausse le ton pour se faire entendre du voisin.
Je suis comme un poisson dans son aquarium et mon champ de vision est relativement réduit. Je vois des dos, des têtes, des drapeaux, la plupart rouges. Je prends des photos avec le smartphone. La foule n’est pas statique et les personnages suivent divers flux dans un ballet incessant et muet. Parfois applaudissent. Soudain une pancarte. Ce qu’elle dit, c’est exactement pour cela que je suis venu de Clichy.

Derrière les vitres du Khédive, je n’ai plus qu’à prendre des photos.

Le trajet a été épique car la ligne 13 du métro était en ce jour mémorable fidèle à sa réputation. Trafic interrompu entre La Fourche et Saint-Denis. Je n’ose penser que c’était fait exprès. Après le bus 274 bondé et le tram T1 qui tombe en panne avant le Marché, je me suis réfugié dans le bistrot pour m’asseoir et souffler un peu. Souria, que j’ai rencontrée par hasard m’a accompagné jusqu’à ce havre puis laissé en lieu sûr.
Par moments, je me lève pour tenter de suivre ce qu’il se passe. Je détaille la façade de la mairie. Il y a les trois mots de la République et sous le campanile le blason en relief de la ville. Je finis par distinguer l’inscription qui figure sous la couronne : « Montjoie – Saint-Denis ».

Bien que ce soit un rassemblement, et non une manifestation, la foule est en mouvement perpétuel.

Je trouve ça plutôt rigolo, ce cri de guerre royaliste dans les circonstances présentes, placé au-dessus de la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » qui en est comme l’antithèse, ni royale, ni guerrière, ni identitaire. En définitive, c’est assez raccord avec l’histoire du pays. Et avec l’actualité, qui a appris à la France entière la phrase du poète et journaliste Jean Marcenac : « La ville des rois morts et du peuple vivant ». Elle sonne en ce jour comme une devise.

La mairie, la Basilique, le Khédive et au milieu le « peuple vivant ».

La place sur laquelle se déroule le rassemblement antifasciste et antiraciste de l’après-midi est un raccourci emblématique de la situation politique. L’estrade des orateurs est située entre l’édifice 3e République et la basilique de Suger. Un vrai résumé du programme porté par le nouveau maire de la ville, Bally Bagayoko. Montjoie ! Saint-Denis !

Un son venu de l’Est, la musique klezmer en plein renouveau populaire.

À peine le rassemblement terminé, un autre lieu m’attendait. Aux confins de la ville, j’avais rendez-vous avec la famille pour un concert au théâtre Les 3T. Surprise, les trentenaires et d’autres moins jeunes du Conservatoire de Saint-Denis jouaient de la musique klezmer en plein air. Les spectateurs, qui dans des chaises-longues, qui attablés à de petites tables de jardin, certains simples badauds du quartier, étaient tous acquis. Le tout dans une ambiance bon enfant, un peu comme on va au spectacle du rejeton ou de la collégienne qui fait ses premières gammes au violon. C’était frais et reposant à la fois, surtout quand le tempo mélancolique de la chanteuse évoquait l’Europe de l’Est.
Pour une fois, j’ai bu du Coca (honte à moi). J’avais soif. En écoutant les notes dansantes je n’ai pu m’empêcher de penser que les bateleurs de Cnews devraient fréquenter plus souvent les quartiers au lieu de distiller leur fiel raciste. Ils.elles ne savent pas ce qu’ils perdent et que leur sale cause, elle, est en train d’être perdue.

Robert Crémieux

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.